Le marché de la pistache entre dans une période particulièrement tendue. En Iran, l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux, la récolte 2026 s’annonce nettement inférieure à celle de l’année précédente. Entre conditions climatiques difficiles, problèmes d’irrigation, perturbations logistiques et hausse des coûts de transport, l’offre iranienne devrait rester sous pression dans les prochains mois.
Une production iranienne qui pourrait chuter de près de moitié
Après une excellente campagne en 2024/2025, avec une production estimée à environ 225 000 tonnes de pistaches sèches en coque, la situation s’est fortement inversée.
Pour la récolte 2026, l’Iran Pistachio Association prévoit désormais une production d’environ 118 000 tonnes, soit une baisse de près de 48 % par rapport à l’année précédente.
Cette diminution s’explique par plusieurs facteurs : températures élevées, sécheresse, difficultés d’irrigation, coupures d’électricité affectant les systèmes de pompage, ainsi que le phénomène naturel d’alternance de production des pistachiers.
Les conditions météorologiques difficiles ont également affecté certaines zones de production importantes, ce qui pourrait avoir des conséquences sur les volumes disponibles mais également sur la qualité et la régularité des lots.
Des exportations fortement perturbées
La baisse de la production n’est pas le seul problème auquel fait face la filière iranienne.
Les exportations connaissent également un ralentissement important. Entre septembre 2025 et juillet 2026, les exportations iraniennes ont atteint environ 130 000 tonnes équivalent coque, soit environ 30 % de moins que durant la même période de la campagne précédente.
Au cours du dixième mois de commercialisation, les exportations n'ont représenté que 5 000 tonnes, contre 12 000 tonnes un an auparavant, soit une baisse de 58 %.
Les difficultés liées au transport maritime et aux tensions régionales ont fortement compliqué les expéditions. Le coût du transport est également devenu un élément déterminant dans les choix des exportateurs.
Cette situation favorise notamment l'expédition de pistaches décortiquées, dont le transport peut être plus intéressant économiquement que celui de pistaches en coque lorsque les coûts logistiques sont élevés.
Le marché chinois change de comportement
La Chine a traditionnellement joué un rôle majeur dans les exportations iraniennes de pistaches.
Lors de la campagne 2024/2025, l’Iran avait exporté près de 27 947 tonnes vers la Chine, contre 18 683 tonnes la saison précédente.
Cependant, la campagne 2025/2026 a été marquée par des restrictions commerciales, des difficultés administratives et des problèmes logistiques qui ont réduit considérablement les possibilités d'expédition vers le marché chinois.
Les exportateurs iraniens se sont ainsi davantage tournés vers d'autres régions, notamment les pays de la CEI, le sous-continent indien, la Turquie et les Émirats arabes unis.
Selon l’Iran Pistachio Association, ces marchés représentaient ensemble environ 76 % des exportations iraniennes sur la campagne en cours, tandis que l’Extrême-Orient ne représentait plus qu'environ 7 %.
Une situation paradoxale : une petite récolte mais encore des stocks
Malgré la forte baisse attendue de la récolte 2026, la situation n'est pas celle d'une pénurie immédiate.
L’Iran dispose encore de stocks importants provenant de la campagne précédente.
À la fin du dixième mois de commercialisation, les stocks étaient estimés à environ 89 000 tonnes, avec une projection autour de 75 000 tonnes en fin de campagne. Selon l’Iran Pistachio Association, ce niveau constituerait un report exceptionnellement élevé pour la pistache iranienne.
Ces stocks jouent donc un rôle de tampon et permettent de limiter, au moins temporairement, l’impact de la faible récolte 2026.
La situation reste néanmoins fragile : si les exportations reprennent fortement ou si la demande internationale continue d'augmenter, ces stocks pourraient rapidement diminuer.